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Des conseils de lectures inspirantes pour oser être soi.

La méchanceté en actes - François Jost

La méchanceté en actes - François Jost

Avant de vous parler de cet essai, je vous situe le contexte de cette lecture. J'avais besoin de prendre du recul avec tous les propos bêtes et méchants que j'étais dans l'obligation de lire et auxquels je devais apporter une réponse au boulot. Une montée vertigineuse de la bêtise crasse et de la méchanceté se manifeste sur les réseaux sociaux depuis quelques mois, plus puissante que celle que je constate depuis la fin du premier confinement. J'ai donc décidé de me plonger dans des essais sur la prise de parole de l'internaute particulier, non expert, bien souvent anonyme. La méchanceté en actes est ma première lecture hors articles de presse sur le sujet. Il est sorti en 2018.

 

Je vais tâcher de ne pas paraphraser François Jost mais de vous expliquer en quoi cet ouvrage m'éclaire sur la situation dont je suis témoin au quotidien. 

 

 

"La méchanceté montre quelqu'un du doigt" Jankélévitch

 

 

François Jost est sémiologue, et emprunte pour cet ouvrage à la sociologie, philosophie ainsi qu'à la psychologie. Son objectif : déterminer une histoire de la mise en œuvre de la méchanceté dans les médias. Quand est-elle apparue ? Pourquoi ? Quelles en sont les voix et les plumes ? Quelles sont les différentes manifestations de la méchanceté ?

 

L'auteur s'appuie sur plusieurs exemples pour illustrer les types de méchanceté clairement identifiables dans les médias. A noter que ces formes existaient auparavant mais connaissent de nouveaux terrains de jeu depuis l'entrée de la télévision puis du téléphone portable et d'internet dans les foyers.

 

 

"Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images" Guy Debord

 

 

  • L'humour noir, dont le propos "bête et méchant" de Hara Kiri, est-il de la méchanceté ? La frontière est mince et l'humour noir pourrait vite devenir méchant, si, au lieu de s'en prendre aux sujets sociétaux tabous, il visait la personne.

 

  • Le vécu porté au petit écran, la fameuse société du spectacle de Guy Debord, est terreau de cette méchanceté de l'anonyme à qui on demande son avis dans les émissions tv dès les années 80. L'exemple pris est celui de l'émission psy-show, dans laquelle monsieur et madame tout-le-monde exposent leurs problèmes de couple devant les caméras. Le public est autorisé à commenter et donner son opinion sur leur vie intime. Plus tard viendra l'avènement de la télé-réalité avec en parallèle celui du téléphone portable, objet indispensable pour renforcer cette relation de toute puissance du téléspectateur sur les candidats. 

 

  • L'évaluation rentre dans l'arène en 2000, avec notamment la création du site TripAdvisor. Les non-experts prennent la parole pour évaluer la qualité de service des hôtels. Les amateurs deviennent critiques. Tout le monde se découvre ainsi la faculté et le droit de juger publiquement.

 

  • La télé-réalité fait son apparition en France en 2001 avec Loft Story, et avec elle le "pouvoir arbitraire et définitif" du téléspectateur sur la vie des candidats dans le jeu. Qui doit partir ou rester ? L'auteur évoque la scénarisation des télé-réalités, les conséquences sur la vie du candidat pendant et une fois sorti, pouvant aller jusqu'au suicide... Son analyse du candidat-victime qui a besoin de ses téléspectateurs-bourreaux pour continuer d'exister aux yeux du monde, est très intéressante.

 

  • Les émissions à notation, de type Un dîner presque parfait. François Jost explique les rouages de l'émission, sa scénarisation, comment la production parvient à obtenir des propos méchants des candidats. C'est l'un des exemples qui m'a le plus marqué et interpellé. Je vous invite vraiment à bien le lire pour comprendre à quel point nous sommes influencés et je dirais même "reprogrammés" avec ce type d'émissions. La parole se libère au cours des dîners mais elle n'a rien de naturel, de spontané ou de juste. Si le candidat refuse de dévoiler ses pensées à l'hôte, il est jugé hypocrite ou faible. La parole crue est synonyme de franchise. Ce chapitre est vraiment édifiant. A lire absolument !

 

  • L'anonymat s'est généralisé avec internet, et avec lui est né le troll. L'auteur se sert de son expérience de créateur de contenus pour un site du Nouvel Obs pour distinguer deux types de commentateurs d'articles : les personnes usant de leur patronyme réel, généralement porteuses d'une parole argumentée et experte, et les anonymes, qui se lâchent et contredisent le contenu des articles des experts du Nouvel Obs, surtout si ceux-ci exercent un métier dit intellectuel (philosophe, sémiologue, psy...). L'anonymat délie la plume et le propos peut perdre tout sens et logique au profit du chaos qu'il peut générer (ça c'est moi qui le précise mais l'auteur va en ce sens avec d'autres termes).

 

  • Le bashing, ou l'art de se liguer à plusieurs contre une même cible, sur la durée, à grands renforts d'insultes, d'injures, de propos blessants, de délits de sale gueule. Ici l'exemple pris est celui de François Hollande et de sa soi-disant mollesse. Le sémiologue précise que dans le cas du bashing, il n'y a pas que les mots qui tapent dur mais aussi l'image, transformée, caricaturée, devenant grotesque, humiliante pour la personne objet du bashing.

 

  • Au-delà de la méchanceté, il y a le désir de destruction, l'incitation à la haine. Et comme je sais que si je cite l'émission prise en exemple je risque de voir des commentaires haineux apparaître sous cet article, je ne dirai pas laquelle c'est. L'animateur entraîne avec son air de joyeux drille toute sa communauté à basher et troller qui a prononcé un mot contre lui. Voilà un bel exemple, non ? 

 

Pour conclure rapidement, je vous cite la dernière phrase de cet essai : "les actes de méchanceté donnent le spectacle du dégoût des autres, version moderne de la lutte des classes". 

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